Cérémonie du 3 juin 2017 à Foucarville 
 
Messieurs les Anciens Combattants, 
Mesdames et Messieurs les représentants des Associations Patriotiques,  
Messieurs les porte-drapeaux,  
Mesdames et Messieurs les musiciens,  
Mesdames et Messieurs les représentants des Associations,  
Mesdames et Messieurs les élus de la Régione et du Département 
Mesdames et Messieurs les élu(e)s municipaux de Foucarville et Sainte-Mère-Église, 
Mesdames, Messieurs, mes chers concitoyens européens  
 
Je tiens à vous remercier de cette invitation et c'est pour moi un grand privilège de prendre la parole devant vous aujourd'hui. 
 
Nous sommes réunis aujourd’hui dans le Continental Central Enclosure No 19 à Foucarville qui fut le plus grand camp américain de prisonniers de guerre sur le sol français. Nous souhaitons rendre hommage aux 60 000 prisonniers de guerre allemands qui ont été internés ici jusqu’en 1947.  
 
À l’âge de 25 ans, le lieutenant Helmut Beschke y fut détenu à partir de mars 1945. Il a fait le récit de son expérience et j’aimerais ici en citer un passage: 
 
« Je voudrais évoquer ces années de nostalgie sans espoir et d’oisiveté imposée et usante aussi brièvement que possible. C’est une torture de repenser à ces années. À la Pentecôte, les flaques d’eau étaient encore gelées à Foucarville. Nous restions allongés dans nos tentes, sur des lits de camp. Nous passions le temps en suivant des conférences… Nous notions quelques mots sur du papier toilette ; un crayon à papier avait autant de valeur qu’une bibliothèque entière. » 
 
Un homme qui vit dans un sentiment d’insécurité permanent change peu à peu. Il doit faire face à l’angoisse, à la rancœur, à une irritabilité de chaque instant. Il est sous le coup d’une monotonie forcée et se retrouve brutalement privé de sa liberté de mouvement.  
 
Peu à peu, l’activité, les espoirs que l’on entretenait, l’énergie s’éteignent. Les rêves et les images qui permettraient de s’évader et d’oublier la détresse qui l’entoure disparaissent. Il ne voit plus de chemin qui conduirait vers la liberté, vers un monde rêvé, un monde meilleur et plus humain.  
 
En plus de toutes ces pertes, le plus dur pour ces hommes fut peut-être de comprendre l’absurdité de ce qu’ils avaient vécu et de toutes les souffrances qu’ils avaient endurées pendant les années de guerre. Face à un constat, à des doutes et des scrupules aussi douloureux pour l’âme, beaucoup se trouvaient désemparés.  
 
Que pouvait en effet éprouver les prisonniers d’alors ?  
 
La guerre était perdue. Ses conséquences rendaient l’avenir incertain et généraient la peur. Leur pays, leur maison et leur famille, qu’ils n’avaient pas revus depuis des années, leur manquaient. Les villes avaient été bombardées, des existences détruites et beaucoup de ces hommes avaient perdu les êtres qui leur étaient chers et leur foyer.  
 
Un grand nombre de prisonniers étaient profondément déprimés. À cela venait s’ajouter le constat torturant de s’être fourvoyés, d’avoir écouté des paroles mensongères pendant des années et d’avoir servi un régime criminel. Le soulagement d’avoir survécu cédait la place à une profonde désillusion.  
 
Mais pendant leur détention, de nombreux prisonniers de guerre, parmis eux nombreux soldats âgés de moins de 18 ans, dont aussi pu prendre un nouveau départ et s’engager dans un processus d’apprentissage.  
 
Dans des lieux de rencontre et d’échange comme les deux églises du camp de Foucarville, ils ont pu renouer avec la démocratie et la paix et redonner un sens à leur vie. Une bonne part des prisonniers de guerre allemands sont restés après la guerre en France comme travailleurs étranger civil en France et posaient alors la première pierre de ce qui deviendra plus tard l'amitié franco-allemande. 
 
Le débarquement allié, la défaite des troupes allemandes ainsi que la captivité, aussi tragique, traumatisante et douloureuse fût-elle pour les soldats concernés, ont constitué des étapes incontournables sur la voie de la libération du système barbare instauré par la tyrannie nazie. C’est ce qui a permis à l’Europe de refermer le chapitre le plus sombre de son histoire, ce dont nous, Allemands, sommes infiniment reconnaissants aux Alliés.  
 
La liberté, l’humanité et la démocratie ont néanmoins triomphé au prix de millions de victimes, des soldats et civils morts ou blessés dans leurs corps et dans leurs âmes.  
 
Aujourd’hui, 73 ans après, la paix règne encore dans notre Europe qui, malgré ses insuffisances, se réinvente sans cesse, continue de s’unifier et de se développer. C’est là un exploit remarquable dont le prix a cependant été élevé.  
 
C’est pourquoi, par respect pour tous ceux qui ont sacrifié leur vie et leur jeunesse au combat pour la liberté, la paix et la démocratie - victimes civiles, militaires et leurs proches – nous nous devons de commémorer leur souvenir et de continuer à défendre les valeurs pour lesquelles ils sont morts.  
 
La paix suppose la tolérance, l’humanité, l’ouverture au dialogue, l’entente et la réconciliation, l’acceptation de l’autre ainsi qu’une solidarité réelle avec ses semblables, même s’il n’est pas toujours facile d’atteindre tous ces objectifs.  
 
Merci à vous tous du fond du cœur, et merci à tous ceux qui nous accompagnent fidèlement sur cette voie.  
 
Vive la France, vive l’Allemagne, vive l’amitié franco-allemande, vive l’Europe et vive la paix ! Je vous remercie d’être venus.